Crimes et Châtiments - Bandes urbaines : le procès du mal-être

Affaire

Bandes urbaines : le procès du mal-être

25 Mai 2014
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AFFAIRE

C’est le procès du mal-être, des décrochages scolaires, socio-culturels et économiques qui a eu lieu ces deux dernières semaines à la cour d’assises de Bruxelles-Capitale.

Yannick bibo binuene alias Mokobe, 26 ans, défendu par Maîtres Lambert et Bovie , Ruddy Lopez alias Muskape, 26 ans, défendu par Maîtres Venet et Cédric Vergauwen, Murphi Bisi Wa Bisi,22 ans, défendu par Maître Verpoorten ont comparus pour l’assassinat de Grégorio Valente Correia la nuit du 2 au 3 avril 2010 à la discothèque « La Rocca » à Lierre.

Lionel Mukubo Mavambo alias Jackson, 24 ans,défendu par Maître El Abouti et Kerkhofs, se retrouve quant à lui dans le box des accusés mais seulement pour association de malfaiteurs et port d’arme prohibée.

Le moins que l’on puisse dire est que les 4 accusés ne sont pas des enfants de chœur. Parcours scolaires, familiaux et sociaux chaotiques, nombreuses condamnations pour, entre-autres, vols avec violences, trafic et consommation de stupéfiants, rebellions, viol (affaire en cours),… ils ont aussi été reconnus comme les leaders de la bande urbaine « les versailles ».

Selon les inspecteurs spécialisés dans les bandes urbaines, il n’existerait pas moins de 27 bandes de jeunes individus « sub-sahariens » à Bruxelles. Le gros du problème résidant dans les conflits qui éclatent régulièrement entre bandes pour des questions de territoires, de filles ou de faits liés à la vente de stupéfiants. Le noeud de l’histoire qui nous occupe serait le meurtre de Patrick Lufusu en juillet 2008 (faits déjà jugés par la cour d’assise en 2010), le meilleur ami de Yannick Bibo par un membre de la bande des «1140 ».  Celui-ci avait d’ailleurs été incarcéré préventivement la nuit des faits après avoir menacé la famille de l’agresseur.

Selon la thèse défendue par les avocats de la partie civile, représentée par Maîtres Dimitri de Béco, De Vlaminck et Kiaku, et le ministère public les accusés auraient organisé une expédition punitive, on a même parlé d’exécution, à « La Rocca » afin d’assassiner un membre de la bande des « 1140 », de préférence, un de ceux qui était responsable du meurtre du « petit Patrick ».

Les accusés et leur défense quant à eux, prétendront tout le long du procès, s’être rendus à « La Rocca » afin de profiter de la « Ladies Night » qui avait lieu tous les premiers vendredis du mois. Ils étaient au courant de la présence probable de membres des « 1140 » et ont déclaré être prêts à en découdre.

Ce qui a rendu ce procès plus que particulier a été l’attitude des témoins dont beaucoup ne se sont pas présentés car signalés « à rechercher ». Souvent qualifiés d’à « géométrie variable », leurs témoignages n’ont cessés d’évoluer en fonction de leurs relations avec les accusés, amis de toujours ou ennemis jurés.

Les faits : Le 2 avril 2010, les accusés ainsi que des membres d’autres bandes se sont retrouvés à la porte de Namur dans l’après-midi. Selon eux, ils auraient beaucoup bu. Ils auraient alors décidé de se rendre à « La Rocca » pour la « ladies night ». Après un arrêt chez Yannick Bibo afin de déposer deux amis trop ivres et prendre des couteaux, les deux  véhicules ont pris la direction de la discothèque. Arrivés sur place, après avoir repéré une voiture appartenant à un membre des « 1140 », Bibo, Lopez et Bisi Wa Bisi auraient fendu la foule et se seraient dirigé vers Grégorio et un de ses ami. Grégorio, au lieu de s’enfuir, aurait fixé Yannick Bibo et refusé de baisser les yeux quand celui-ci le lui a ordonné. Il aurait alors crié à ses comparses : « Ketel ! »(tue-le !, poignarde-le !). S’en est suivi un mouvement de foule qui pourra expliquer plus tard le nombre de versions différentes données par les témoins.

Grégorio Valente recevra 3 coups de coups de couteaux, un dans l’aisselle, un dans le ventre, un dans le dos. Il décédera 40 jours plus tard dans des souffrances terribles

Après une très longue enquête, Bibo, Lopez et Bisi Wa Bisi  seront renvoyés devant les assises du chef d’assassinat (ce qui inclut la préméditation) alors que « Jackson » Mukobo , innocenté de la prévention d’assassinat après quand-même 2 années de préventive, sera renvoyé pour port d’armes prohibées et association de malfaiteurs ( pour son conseil, Maître El Abouti, plutôt que de reconnaître son erreur, la justice se sera acharnée à retenir « quelque chose » contre son client.)

Après des plaidoiries efficaces, d’une logique implacable, tant du côté des parties civiles que de la défense des 4 accusés, le verdict a été le suivant : L’acquittement de Mukobo Mavambo, le meurtre pour Yannick Bibo Binuene et Murphi Bisi Wa Bisi et des coups et blessures prémédités ayant entraîné la mort sans intention de la donner pour Ruddy Lopez.

Pour la peine, le jury a tenu compte de plusieurs éléments dont les regrets de Bibo et Bisi Wa Bisi et le manque total de celui-ci dans le chef de Ruddy Lopez. Les accusés ont été condamnés à des peines respectives de 22 ans pour les deux premiers et une peine de 15 ans pour le dernier.

S’il est courant que les condamnés puissent demander leur libération conditionnelle au tiers de leur peine, ces trois ci auront bien du mal à l’obtenir vu leur comportement depuis leur incarcération il y a 4 ans.

Au final, c’est la vie de 4 jeunes gens et de leur famille qui est détruite !

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